Il y a des histoires comme celle de Tatiana et Pélagie qu’on ne peut croire que lorsqu’on en est témoin. Ce fut le cas pour l’équipe d’ALIMA à Zémio, ville située au sud de la République centrafricaine, à moins de 2 km de la frontière avec la République démocratique du Congo.
Ce jour-là, Noëlla, sage-femme, et ses collègues ont eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, aux premières loges d’une scène extraordinaire : les retrouvailles de Tatiana et Pélagie.
Tatiana et Pélagie;
deux femmes rencontrées 7 ans auparavant dans la maternité de l’hôpital de Zemio, où ALIMA (The Alliance for International Medical Action) accompagne les femmes enceintes tout au long de leur grossesse, pendant l’accouchement, puis après, avec leurs bébés ;
deux femmes séparées par des années de guerre ;
deux femmes retrouvées par hasard, après sept longues années de silence.
Portraits de Tatiana Animbougbe et de Pélagie Mongou à la maternité de Zémio. © Cora Portais / ALIMA
Tatiana, alors âgée de 28 ans et née de petite taille – un mètre -, devait être particulièrement suivie. Seule une césarienne lui permettrait de voir naître son enfant. Le centre de santé de sa ville, Djemah, n’est pas capable de la prendre en charge. L’hôpital de Zémio, distant de plus de 130 km de chez elle, est l’endroit le plus proche qui peut la sauver.
Pélagie, de 3 ans l’aînée, est originaire de Zémio. Elle était venue pour accoucher de son petit garçon, Pierre Patrick. « À l’époque, il y avait déjà beaucoup de femmes à l’hôpital de Zémio. Lorsque je suis venue pour accoucher, j’y ai trouvé une grande famille et une amie », se souvient-elle. « Tatiana attendait son premier enfant. J’étais également enceinte. Nous avons accouché de deux petits garçons. »
« Nos fils sont nés presque en même temps, à nos yeux ils sont comme des jumeaux. »
Pélagie
Après leur accouchement, chacune est retournée chez elle, Pélagie à Zémio, Tatiana à Djemah, sa ville natale. Les deux amies ne se sont jamais reparlées ni revues depuis. Pierre Patrick et Yves Jacob, 7 ans aujourd’hui, ne se connaissent pas. « Depuis leur naissance, nos fils ne se sont jamais revus », regrette Pélagie, « c’était avant qu’il y ait la guerre ici »
Depuis 2012, la population subit les conséquences d’années de crises militaro-politiques à répétition. Le pays reste politiquement instable, le tissu socio-économique est durablement affecté et l’insécurité problématique, surtout dans l’arrière-pays. A Zémio, ce déséquilibre a entraîné la fuite des habitants à l’intérieur du pays, pendant que d’autres se réfugiaient en République démocratique du Congo.
« On ne s’est pas vues ni parlées depuis 7 ans. On a vécu la guerre, et pourtant, le hasard veut que je sois toujours présente quand Tatiana donne naissance. »
Pélagie
À sept mois de grossesse de son deuxième enfant, Tatiana a dû à nouveau parcourir sur une moto à nouveau les plus de 130 km qui séparent Djemah de Zémio. Entourée par l’équipe d’ALIMA, dont Noëlla, la sage-femme, elle a subi une nouvelle césarienne. Son compagnon, retenu au village par le travail, n’a pas pu l’accompagner. Seule sa sœur l’entourait. C’est dans ce contexte que Tatiana a reçu une visite plus qu’inattendue.
Son amie raconte : « Aujourd’hui, j’étais simplement venue accompagner ma belle-sœur qui doit accoucher à l’hôpital. Par surprise, j’ai appris que Tatiana était là et qu’elle avait donné naissance à son deuxième fils. Je me suis alors précipitée pour la voir. »
Tatiana Anibougbe tient son fils, Nathan Dieu Sauvé Mbolifouguimi, né à la maternité de l’hôpital de Zémio, en République centrafricaine. Février 2023. © Cora Portais / ALIMA
Émue, Tatiana murmure : « Je suis surprise et surtout heureuse de retrouver mon amie après toutes ces années. C’est comme si nous nous étions donné rendez-vous. Pélagie est présente une fois de plus pour la naissance de mon enfant. »
« Mes retrouvailles inattendues avec mon amie me procurent un sentiment d’amour, pour elle et pour la vie »
Pélagie
« J’ai déjà raconté à Pierre Patrick l’histoire de ma rencontre avec Tatiana », sourit Pélagie. « Il sait qu’il a une maman et un frère du même âge à Djemah. Finalement, sans les avoir rencontrés, il les connaît déjà à travers les histoires que je lui raconte. »
Il n’est plus question pour les deux jeunes femmes de se faire à nouveau surprendre, ni par la guerre ni par le hasard. Quoi que le hasard…
« Nos fils se rencontreront un jour », affirme Pélagie, tournée vers son amie.
ALIMA est active en République centrafricaine depuis 2013 et se concentre sur l’apport de soins de santé primaires et secondaires aux femmes enceintes, allaitantes et aux enfants. Ses équipes réalisent également des consultations et diagnostics afin d’offrir des soins médicaux et nutritionnels.
A Zémio, ALIMA (The Alliance for International Medical Action) a réhabilité l’hôpital et prend en charge gratuitement les patients, particulièrement les populations les plus vulnérables telles que les femmes enceintes et allaitantes au niveau de la maternité, mais aussi les enfants au niveau de la pédiatrie, ainsi que les victimes de violences sexuelles et les urgences vitales. Les équipes d’ALIMA sur place forment également du personnel de santé et travaillent en étroite collaboration avec la Direction de la Région Sanitaire.
L’objectif de ce projet est de réduire la mortalité et la morbidité en renforçant les capacités du district sanitaire du Haut-Mbomou à travers l’amélioration de l’offre et de l’accès aux soins des populations. République centrafricaine, février 2023. Ce projet a reçu le soutien financier du Fonds Bêkou.
Photographies : Cora Portais / ALIMA
